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« Une Mitsva de consommer de la Matsa à Pessah »

A quelques jours de Pessah, le Dayan de Strasbourg, le Rav Michaël Szmerla, parle des Matsot. Quelle matsa ? Pour quand ? Pourquoi les matsot ? Quelle surveillance ? Le Dayan lève le voile sur toutes les questions liées à cet éléments clé de cette fête de Pessah : la matsa. Entretien.

- Pourquoi mange-t-on de la Matsa à Pessah ?
– La Tora nous présente la Matsa comme le « Le ‘hem oni », le pain de misère (Dévarim 16,3). En effet, la consommation de Matsa lors de Pessah nous rappelle les temps de détresse où les Egyptiens nourrissaient leurs esclaves de ce pain de misère. Paradoxalement, ce pain symbolise la libération d’Egypte, car dès l’accord des Egyptiens, le peuple d’Israël est sorti immédiatement au matin du 15 Nissan, avec précipitation et ainsi le pain préparé au moment de la libération n’a pas eu le temps de lever. Le sens ambivalent de la consommation de Matsa à Pessah retrace fidèlement les événements historiques : nous étions esclaves jusqu’à la moitié de la nuit de la sortie d’Egypte et libres à partir de l’autre moitié. D’autres raisons peuvent être associées à la consommation de Matsa à Pessah. Certains disent que la composition de la Matsa, de farine et d’eau, sans aucun adjuvant ni levain, représente la simplicité et la pureté. Ainsi, la consommation de Matsa, représente spirituellement un affranchissement du monde matériel en s’attachant uniquement aux valeurs essentielles. A ce titre, la Matsa symbolise donc la libération. C’est pour cela que le peuple d’Israël en a consommé dès ses premiers instants de liberté.

– Est-ce obligatoire de consommer de la Matsa à Pessah ?
– L’obligation de consommer de la Matsa porte uniquement sur le premier soir de la fête de Pessah, en dehors de la Terre d’Israël, on doit donc en consommer les deux premiers soirs. Il n’est pas obligatoire de consommer de la Matsa les autres jours de la fête. Cependant, puisque le levain (‘Hametz) est strictement interdit à la consommation pendant l’ensemble de la fête, on consomme de fait de la Matsa pour remplacer le pain et accomplir les repas de fête des 8 jours de Pessah.
Les soirs des sedarim, il est obligatoire de consommer de la Matsa « Léchem Mitsva », au nom de la Mitsva. Nous devons ainsi avoir la « Kavana », l’intention de manger cette Matsa dans le but d’accomplir la Mitsva de consommer de la Matsa.

– Il existe plusieurs types de Matsot industrielles, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
– En effet, dans les commerces nous trouvons différents types de Matsot industrielles. Globalement, nous pouvons les regrouper en trois catégories : les Matsot traditionnelles, les Matsot « 18 minutes » et les Matsot « Chemourot ».
Les Matsot traditionnelles sont composées exclusivement de farine de blé (farine surveillée par le Beth-Din depuis la mouture du blé) et d’eau. Les machines industrielles qui produisent les Matsot subissent un nettoyage complet toutes les 90 minutes.
Les Matsot « 18 minutes » ont la même composition que les Matsot traditionnelles, cependant le nettoyage complet des machines intervient toutes les 18 minutes.
Les Matsot « Chemourot » sont composées de farine de blé Chemoura (surveillée par le Beth-Din depuis la moisson du blé) et d’eau. Pour ces Matsot également, le nettoyage complet des machines est effectué toutes les 18 minutes. Ce type de Matsa est particulier. En effet, depuis la récolte du blé, la préparation de cette Matsa est réalisée « Léchem Mitsva », avec l’intention que cette Matsa soit utilisée pour accomplir la Mitsva de consommation de Matsa. On choisira donc obligatoirement de la Matsa « Chemoura », pour accomplir la Mitsva de Matsa lors des sédarim tandis que pour le reste de la fête on pourra consommer toutes sortes de Matsa.
Il existe encore une autre sorte de Matsa, la Matsa « Achira », autorisée à la consommation durant Pessah uniquement pour les séfaradim. Cette Matsa est composée de farine de blé et de vin ou de jus de fruits à la place de l’eau. Cette Matsa ne peut être utilisée lors des sédarim.

« Les surveillants assurent une cacherout irréprochable ! » 

– Que représentent les 18 minutes ?
 – C’est la durée maximale avant que le mélange de farine et d’eau ne fermente et ne devienne ‘Hametz. Il faut savoir qu’actuellement, la production d’une Matsa industrielle depuis le mélange d’eau et farine jusqu’à la cuisson, prend au maximum deux minutes. Beaucoup préfèrent cependant consommer de la Matsa « 18 minutes », c’est à diore provenant d’une production pour laquelle un nettoyage complet des machines intervient toutes les 18 minutes ce qui évite que d’infimes résidus de pâte fermentée ne viennent s’y adjoindre. En effet, à Pessah, le hametz est interdit même mélangé en quantité infinitésimale.

– La production de Matsot doit-elle faire l’objet d’une surveillance particulière ?
– En effet, la production de Matsot industrielles nécessite une surveillance permanente d’un personnel religieux. Plus concrètement, les deux usines de production alsaciennes de Matsot sous le contrôle du Beth-Din de Strasbourg, « PAUL HEUMANN » et « RENE NEYMANN », accueillent dans leurs locaux et ce durant toute la campagne de production des Matsot pour Pessah, des surveillants du Beth-Din de Strasbourg  en permanence. Le surveillant du Beth-Din contrôle les opérations pour assurer une Cacherout irréprochable. La veille d’une journée de production, il enclenche le remplissage du réservoir d’eau nécessaire à la production du lendemain afin que la température de l’eau se stabilise et qu’elle ne soit ni trop chaude ni trop froide. A l’arrivée de la farine, il vérifie la présence des scellés du Beth-Din de Strasbourg et les décachette, il allume le four, vérifie la cuisson des Matsot (afin de s’assurer qu’il ne puisse y avoir de fermentation ultérieure), contrôle l’absence de résidu de pâte en cours de production et les enlève le cas échéant. Les superviseurs du Beth-Din viennent également régulièrement vérifier le déroulement des opérations, ils encadrent et forment les surveillants du Beth-Din. Le Dayan contrôle la cachérisation des machines et les sites de production de manière régulière.

 

Une surveillance stricte !

– Vous avez parlé de deux types de farines, la classique et la « Chemoura ». De quelle manière sont-elles surveillées et en quoi diffèrent-elles ?
 – Commençons par la farine que vous qualifiez de « classique » : elle est surveillée depuis la mouture de blé. En pratique, le superviseur du Beth-Din de Strasbourg nettoie les machines et instruments de mouture afin de s’assurer qu’il ne reste plus de résidu provenant d’autres farines. Il vérifie que le système de mouillage du blé avant la mouture est désactivé et qu’aucun adjuvant n’est ajouté, une fois que le blé est moulu dans le respect de normes de Cacherout, il est chargé dans un camion citerne préalablement cachérisé et dédié strictement à la farine de blé servant pour la campagne de production des Matsot. Le superviseur scelle l’ensemble des ouvertures de la citerne que le surveillant du Beth-Din vérifiera sur le site de production et décachettera.
Par ailleurs, il faut savoir que la farine de blé que l’on trouve dans les commerces est strictement interdite à Pessah. En effet avant la mouture le blé est mouillé ce qui permet une fermentation et des adjuvants non autorisés à Pessah sont ajoutés.
De l’autre côté, la farine dite « Chemoura », nécessite un travail de surveillance plus important. La récolte du blé se fait en été et elle est effectuée sous la surveillance et avec la participation d’un superviseur du Beth-Din lorsqu’il n’a pas plu durant les 72 heures précédant cette moisson. Une fois le blé amassé, il est entreposé dans un endroit parfaitement sec et scellé par le superviseur du Beth-Din. Cette période de « repos » dure jusqu’au mois de décembre, et pendant ce temps le superviseur vient s’assurer régulièrement de la présence des scellés et des conditions de l’entrepôt du blé. Au mois de décembre, le Moulin est entièrement cachérisé afin qu’aucun résidu de farine ne subsiste. Il est moulu bien sûr sans le mouillage du blé ni ajout d’adjuvant et est conditionné dans des sacs portant le scellé du Beth-Din. La particularité de cette farine réside dans le fait que depuis la récolte du blé elle a été réalisée « Léchem Mitsva », avec l’intention de servir pour l’accomplissement de la Mitsva.

– Certaines personnes mangent de la Matsa faite à la main, pourquoi ?
– En effet, les soirs de sédarim, certaines personnes mangent de la Matsa faite manuellement. Comme je l’ai évoqué précédemment, le soir du séder, nous devons obligatoirement manger de la Matsa « Léchem Mitsva », ainsi, la Matsa elle-même doit être produite dans cet état d’esprit comme c’est le cas pour les téfilines et les tsitsit. C’est pour cela que nous devons choisir de la Matsa « Chemoura » pour les soirs de sédarim. Dans le cas des Matsot « Chemourot » industrielles, le surveillant du Beth-Din enclenche, pour chaque pâte, le processus de production en appuyant sur le bouton « lechème matsat mitsva », c'est-à-dire avec l’intention déclarée de produire une Matsa pour la Mitsva. Cependant, certaines opinions parmi les décisionnaires estiment qu’il est nécessaire que tout le processus de production soit fait manuellement afin qu’il soit intégralement réalisé « Léchem Mitsva », c’est pour cela que certains ne consomment pour le Séder que de la Matsa « chemoura » faite à la main.