Se connecter

Horaires de Chabbat

Vendredi 26 mai
Allumage avant 21h02

Samedi 27 mai
Sortie de Chabbat : 22h13

E-MAGAZINES

Télécharger les derniers numéros de nos magazines

Chabbat Chalom 2323
Chabbat Chalom 2322

Judaicia

Agounot : le Grand Rabbin de Nancy

Mercredi soir, le Grand Rabbin de Nancy, Daniel Dahan, était invité par la Wizo Strasbourg pour parler de son dernier livre, qui traite d'un sujet en plein actualité, les Agounot : "Agounot, les femmes entravées - Problèmes et solutions du droit matrimoinial hébraïque". Une conférence attendue et qui a attiré une cinquantaine de personnes salle Blum. Extraits de son intervention.

Pourquoi ce livre ?

"Ce sujet est lourd, difficile, compliqué et il nous affecte tous. Les Agounot sont des femmes enchaînées. Je souhaitais, à travers ce livre, mettre au clair des notions dont on parle très souvent dans notre religion mais qui ne sont, justement, pas si claires que cela. Ce qui est fondamental, à mes yeux, et aux yeux de nombreux rabbins, c'est la défense de la famille et du mariage juifs. Le peuple juif vit et a toujours vécu pour et par la famille. C'est la base de son unité."

"Les motivations de ce travail sont nombreuses, mais l'intérêt pour le peuple juif et le produit de plusieurs rencontres que j'ai pu faire ont réellement des éléments déterminants pour moi. Et, évidemment, la souffrance terrible enduré par les femmes juives."

"Le droit rabbinique est intangible, on ne peut pas sortir du cadre. On peut essayer de contourner le problème, mais dans le Talmud, par exemple, il existe des cas absolument insolubles. Le coeur du problème, c'est la cellule familiale. (...) Le judaïsme n'est pas une religion mais un mode de vie."

Pourquoi tout ce remue-ménage autour des Agounot ?

"C'est vrai qu'un regard extérieur pourrait ne pas comprendre pour tout ce débat autour des Agounot. Il existe deux types de Agounot : ces femmes enchaînées à leur mari alors que celui-ci est disparu ; et ces femmes auxquelles le mari refuse de donner le guet. Ce dernier cas est celui qui pose le plus de problème et les cas se sont multipliés ces dernières années du fait de l'explosion des divorces. La Torah permet le divorce mais ne le recommande pas, évidemment "

"Dans le premier cas, le but des rabbins demeure l'unité du peuple juif. Et chaque fois que nous délivrons une Agouna de ses affres, nous participons à cela, dans la mesure où nous permettons à des femmes et des enfants de faire leur deuil du mari disparu."

"Dans le second cas de figure, le coeur du problème vient du fait, qu'aujourd'hui, en France, les procédures sont faites en parallèle entre le civil et le religieux. L'attestation de divorce religieux ne peut être donné tant que le divorce civil n'est pas prononcé officiellement. La grande majorité des situations ne pose pas de problème. Mais il existe des cas très épineux et complexes. Dans certains cas, les procédures au civil peuvent durer extrêmement longtemps... C'est injuste mais les règles sont ainsi dans notre religion. Et c'est par ces règles que l'unité du peuple juif s'est faite. Celle-ci est fondamentale ! Ce n'est pas la Torah qui est en cause, mais la mauvaise utilisation que peuvent en faire certains. Il y a un devoir religieux à donner le guet. Mais s'il n'est pas donné, c'est souvent parce que le mauvais penchant de la personne a pris le dessus. Mais chaque cas est un cas d'espèce. Toute la difficulté réside dans le fait que le guet doit être donné volontairement par le mari."

POURQUOI cette asymétrie dans le couple juif ?

"C'est vrai que le guet est le simple fait de l'homme et pas de la femme. Mais toucher aux règles matrimoniales du judaïsme, c'est casser l'unité du peuple juif. Cette asymétrie est là et nous n'y pouvons rien. Ce n'est pas une réponse satisfaisante, j'en ai conscience. Nous ne connaissons pas les raisons profondes de cela et c'est vrai que nous vivons à contre-courant du monde moderne. Mais c'est ainsi."

En Israël, certains maris sont dénoncés. Serait-ce possible en France ?

"En France, nous n'avons pas la même législation. Il y a quelques années, le Beth Din de Paris souhaitait publier, sur son site Internet, les listes qu'il ne reconnaissait pas, mais cette démarche n'a pas été validée par les juristes. Au Canada, en revanche, une législation de la Cour Suprême a instauré que le divorce civil ne serait bouclé qu'à partir du moment où le guet sera donné. Ce serait la véritable solution, en France. Mais il me paraît présomptueux d'envisager son application dans les prochains temps."