Se connecter

Horaires de Chabbat

Vendredi 26 mai
Allumage avant 21h02

Samedi 27 mai
Sortie de Chabbat : 22h13

E-MAGAZINES

Télécharger les derniers numéros de nos magazines

Chabbat Chalom 2323
Chabbat Chalom 2322

Judaicia

Commémoration de la Rafle du Vel d'Hiv' : discours de F. Lévy

Dimanche, le CRIF Alsace organisait le 72e anniversaire de la commémoration de la Rafle du Vel d'Hiv'. Une cérémonie qui résonnait d'un air particulier, cette année. Les nombreuses personnalités présentes, et celles ayant pris la parole, ont vivement combattu l'antisémitisme, sous toutes ces formes, et sa recrudescence actuelle. Notamment Francis Lévy, Président du Consistoire Israélite du Bas-Rhin, au cours d'un discours marquant.

"16 juillet 1942 : rafle du Vel d’Hiv.

C’est l’été. Un soleil torride pèse sur Paris.

Depuis l’aube, des cars de la police française et des bus réquisitionnés pour la circonstance sillonnent la capitale. Ils stoppent à intervalles réguliers, crachent des escouades de policiers français. A chaque station, le même scénario se reproduit : les agents sortent des véhicules, pénètrent dans des immeubles, montent les escaliers, s’arrêtent devant l’un ou l’autre palier, frappent aux portes, surprennent au saut du lit des familles encore engluées de sommeil ou déjà figées dans l’attente du malheur, et les embarquent.

Les policiers sont polis, ils parlent sans élever la voix, ils s’acquittent simplement, banalement, consciencieusement de leur mission, sans états d’âme et sans questions. Ce sont des fonctionnaires exemplaires.

En bas, au volant, les chauffeurs attendent, placides, jettent un coup d’œil distrait sur la chaussée, encore vide à cette heure matinale, ou mangent avec appétit un petit pain au chocolat ou un croissant. Puis les policiers reviennent, escortant un troupeau d’hommes, de femmes et d’enfants effarés, assommés, qu’ils font monter à bord des véhicules.

Les 16 et 17 juillet 1942, ce furent 13 152 Juifs, dont 4 515 enfants, pour la plupart étrangers ou apatrides, qui furent ainsi pris dans la nasse de la police française aux ordres du pouvoir nazi. Ils furent rassemblés pour une partie d’entre eux, quelques milliers, au Vélodrome d’Hiver. Ils restèrent là cinq jours, assis sur des gradins, dans des conditions épouvantables que des survivants ont décrites : une chaleur insupportable sous une verrière étouffante, qui donnait une teinte bleuâtre à tout ce qu’elle recouvrait, pas de nourriture, pas d’eau, pas de toilettes. Il y eut des crises de désespoir, des morts, des suicides. Transférés à Drancy, puis déportés à Auschwitz-Birkenau, la majorité d’entre eux furent assassinés. Aucun enfant ne revint.

Voilà 72 ans, diront certains, que ces faits ont eu lieu. Un quart de siècle ! Faut-il vraiment, chaque année, répétitivement, commémorer des événements, certes tragiques, mais qui appartiennent, comme tant d’autres drames, à un passé révolu ? N’y a-t-il pas quelque chose de stérile, de morbide même, à se complaire ainsi dans l’évocation d’événements que l’on ressasse inlassablement ? Il faut savoir tirer un trait, oublier, pour aller de l’avant !

Comme nous aimerions, nous les Juifs, nous rendre à ces conseils, si sages en apparence !  Comme nous aimerions, en effet, nous projeter dans un avenir radieux, sans ombres ni menaces, dans un monde enfin guéri de la violence, de la haine, et de l’exclusion ! Un monde qui aurait compris, enfin, l’effroyable leçon de la Shoah, cette catastrophe qui a défiguré le XXe siècle et en a fait une des périodes les plus sombres de l’histoire des hommes !

Nous y avons cru pendant quelques dizaines d’années, de tout notre cœur, de tout notre espoir. Nous nous sommes persuadés que l’absolu de l’horreur avait vacciné l’humanité contre tout risque de récidive. « Plus jamais ça », disions-nous, et avec nous, tous les hommes de bonne volonté disaient aussi, avec ferveur,  comme une incantation, comme une prière, « Plus jamais ça ».

Le réveil a été brutal. Et non moins brutale, la douleur.

Car l’antisémitisme est là, à nouveau. Il avance désormais sans masque, à visage découvert, sûr de lui et arrogant. Il a jeté bas les pudeurs et les précautions de langage. Il s’exprime sans vergogne sur les réseaux sociaux, dans les spectacles indécents d’un amuseur public, dans les publications pseudo-scientifiques de faussaires de l’histoire. Il s’exprime dans les manifestations de tous bords, où les mouvances les plus hétéroclites se rejoignent dans l’exclusion du Juif : les protestataires de « Jour de Colère », en janvier de cette année, ont cru bon de proclamer : « Juif, la France n’est pas à toi ! »

Il vient de s’exprimer, avec une violence et un cynisme qui nous frappent de stupeur, la semaine dernière, le 13 juillet, veille de la Fête Nationale, qui rappelle à tous les Français le tournant historique de l’instauration de la République, avec ses valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité : le 13 juillet donc, une centaine de manifestants pro-palestiniens, instrumentalisant de façon scandaleuse, et en violation flagrante avec les lois et les principes de la République française, le conflit israélo-palestinien, ont osé attaquer verbalement et physiquement la synagogue de la rue de la Roquette, à Paris, ainsi que d’autres  synagogues. Ils ont ainsi dévoilé aux yeux de tous, même des plus naïfs et des plus aveugles, l’antisémitisme foncier qui sous-tend leur combat. Des slogans violemment antisémites – « Mort aux Juifs » -  ont été scandés par une foule visiblement déterminée à se ruer dans la synagogue et à molester les Juifs qui y étaient réunis. A Paris, le 13 juillet 2014, des drapeaux palestiniens, irakiens, ont été déployés en lieu et place des drapeaux français, et des citoyens français ont été menacés, injuriés, agressés, blessés parce que juifs ! Nous le disons, nous le répétons, nous le crions : c’est intolérable ! Aucun Juif, aucun Français, aucun démocrate ne le tolèrera ! L’antisémitisme, comme le racisme, comme l’exclusion de qui que ce soit n’est pas compatible avec les valeurs fondamentales de la République. Le Président de la République, François Hollande, le Premier Ministre Emmanuel Valls, d’autres responsables politiques l’ont dit haut et fort et clair. Nous attendons, nous espérons qu’à leur tour, tous les responsables religieux, et plus particulièrement ceux des organisations musulmanes de France, prennent position sans ambiguïté face à de telles dérives.

Vous le voyez, la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv n’est, hélas, ni désuète, ni caduque. Elle maintient vivante à notre mémoire la capacité où sont les hommes de commettre le Mal, leur empressement à céder aux sirènes enchanteresses de la haine et leur besoin pressant de désigner un bouc émissaire. Les Juifs ont toujours été élus pour tenir ce rôle. Mais la désignation d’un bouc émissaire, si elle menace en premier lieu les Juifs, est un avertissement à tous les hommes. La violence est un tout. Et ces mêmes islamistes qui haïssent Israël et les Juifs, sont aussi ceux qui persécutent les chrétiens et qui kidnappent 200 lycéennes pour les convertir de force et en faire leurs esclaves.

Non, la  commémoration de la rafle du Vel d’Hiv n’est, décidément, ni désuète, ni caduque.

Elle nous rappelle à tous la nécessaire, l’indispensable vigilance."

Francis LEVY
Président du Consistoire Israélite du Bas-Rhin