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Elections israéliennes : limite de la démocratie ou limite des sondages ?

Après avoir éteint leur télévision mardi soir sur une victoire vraisemblable de Benny Gantz et de son parti, les israéliens se sont réveillés ce mercredi matin avec une parfaite égalité de sièges des 2 grandes formations (Bleu-Blanc et Likoud). 35 députés chacun, et donc une possibilité pour Netanyahu, par le jeu des alliances, d’envisager un cinquième mandat de Premier Ministre. Comment en est-on arrivé là ?

La campagne électorale a été très dure et très personnalisée : le leitmotiv de Ganz, tout sauf Netanyahu, a permis à l’ancien chef d’Etat-Major de briguer le poste de chef de Gouvernement, ce qu’il ne s’est pas gêné de revendiquer hier soir, mais c’était sans compter sur la complexité du système israélien.

Les 6,3 millions de votants ont mis à mal le système démocratique israélien en le poussant dans des retranchements qu’il n’avait pas prévu :

 

Les forces en présence

> Les Arabes (17% de la population) se sont majoritairement abstenus (54 % n’ont pas pris part au vote), et obtiennent au final 10 sièges, loin de leur représentation précédente. Si ce désamour est lié à la loi Etat-Nation, ce qui semble plausible, la cohabitation juifs-arabes n’en sera que plus compliquée.

> Les partis religieux, ashkenases (Judaïsme Unifié de la Tora) ou sepharades (Shass), obtiendraient 8 sièges chacun, ce qui en ferait à nouveau une force très importante au service du Likoud (23% de plus que leur représentation antérieure). A noter un taux de participation hors du commun, avec 98 % à Modiin Ilit et 83% à Bnei-Brak .

> Les travaillistes, fondateurs de ce pays sont en train de sombrer corps et âmes avec 6 sièges contre 24 dans la précédente Knesset.

> Lieberman (Israël Beteinou) peut se placer en position de faiseur de roi, son inimitié vis à vis de Netanyahu et son opportunisme pouvant faire pencher la balance.

Donc le monde israélien, religieux en particulier, s’est  radicalisé, et envoie à ses dirigeants un signal clair de « séparation » avec le monde arabe. La seule surprise dans ce contexte, restera l’élimination de Bennett et Shaked, victimes de la frontalisation des 2 blocs principaux et du vote utile, et l’entrée à la Knesset d’une « extrême droite dure » avec l’Union des partis de droite.

Il faut rajouter que le programme de Benny Gantz, élaboré en quelques semaines, s’est heurté au bilan de Netanyahu, et notamment à sa retenue face aux incidents gazaouis récents, pour attirer dans les filets du Likoud des centristes qui ont fait pencher le fléau de la balance.

 

Le système électoral

Le Président de l’Etat (Reuven Rivlin) demandera à celui qu’il considère comme le plus apte à former un gouvernement de trouver une coalition lui apportant le soutien de 61 députés sur les 120 de la Knesset. Les critères de désignation sont entièrement dans la main du président dont l’amour pour Netanyahu est très limité, ce qui laisse encore une chance à Gantz, si les résultats finaux lui sont un tant soit peu favorables.

Toujours est-il que la loi prévoit un temps suffisamment long  (plusieurs semaines) pour que le président essaie successivement diverses solutions. Il peut aussi au final demander aux 2 leaders de former un gouvernement d’union nationale.

C’est la raison pour laquelle hier soir, les 2 chefs de parti revendiquaient la possibilité de briguer le poste de Premier Ministre.

 

Les sondages

Il s’est passé mardi soir quelque chose de très étonnant. A 22h, heure de fermeture des bureaux de votes, les instituts de sondage divergeaient déjà, certains donnant 33 sièges à Bleu-Blanc pour 27 au Likoud, d’autres  33 et 32, mais personne n’avait prévu la bipolarisation de cette élection. Nous en sommes actuellement à 35/35, ce qui laisse un écart de 30 % pour certains instituts !

Techniquement, on estimait que jusqu’à présent, en Israël, les sondés ne travestissaient pas leurs votes et donnaient leur opinion exacte. Ce qui permettait de se passer de « corrections manuelles» comme c’est le cas en France. Il semblerait que cette franchise, toute américaine, n’ait plus cours actuellement. Les sondeurs vont devoir en tenir compte…s’il veulent garder un peu de crédibilité.

 

En conclusion, les arabes se désintéressent de la politique du pays, la gauche israélienne se délite, le bipartisme et l’affrontement des egos se met en place, et les religieux sortent renforcés dans la possibilité de peser sur les choix politiques et sociaux du vainqueur.

A moins que Netanyahu n’invite Gantz à participer à un gouvernement  « d’union nationale », ce qui marginaliserait complètement les religieux, et permettrait aux politiques de reprendre la main. Mais à quelles conditions ?