Se connecter

Horaires de Chabbat

Vendredi 21 juillet
Allumage avant 21h07

Samedi 22 juillet
Sortie de Chabbat : 22h13

E-MAGAZINES

Télécharger les derniers numéros de nos magazines

Chabbat Chalom 2330
Chabbat Chalom 2329

Judaicia

Entretien avec Nimrod Barkan

Nimrod Barkan est l'une des personnalités politiques majeures aujourd'hui, en Israël. Ambassadeur d'Israël en charge des relations multilatérales, il représente l'état hébreu au sein de l'OCDE, de l'UNESCO et intervient régulièrement au Conseil de l'Europe. Au cours d'une de ses visites à Strasbourg, il a accordé un entretien exclusif au Site Internet du Consistoire et de la Communauté. Il évoque la situation d'Israël aujourd'hui, les enjeux futurs pour le pays et tient un discours sans langue de bois. 

- M. Barkan, en quoi consistre exactement votre rôle d'Amabassadeur en charge des opérations multilatérales ?
- Je suis l'interface entre mon pays et les organisations comme l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture) et le Conseil de l'Europe. Chaque organisation a une position et un rôle différents. Il est cohérent d'être présent au sein de l'OCDE car tous les pays décisionnaires s'y trouvent. Il est intéressant de montrer qu'Israël se place au même niveau que ces autres pays. L'UNESCO, c'est le côté science. Et, à ce niveau-là, nous sommes d'accord pour dire qu'Israël a toute sa place dans de telles problématiques. Enfin, le Conseil de l'Europe est un lieu stratégique pour tout ce qui concerne les enjeux démocratiques. Israël est aujourd'hui observateur au sein du Conseil de l'Europe. Tous les trois mois, ont lieu des rassemblements avec l'ensemble des membres. Nous nous devons d'être présents. Les problèmes du Moyen-Orient sont souvent abordés. Même si nous ne tenons qu'un rôle d'observateur, nous intervenons sur ces dossiers car cela nous touche au premier plan.

- La position et le poids d'Israël ont-ils évolué ces dernières années dans ces organisations et, plus globalement, au niveau géopolitique ?
- Au Conseil de l'Europe, il n'y a pas de grand changement. Notre première mission est de réguler les paroles sur Israël. Mais, de plus en plus, nous nous intéressons au fonctionnement de cette organisation pour s'en imprégener et pour interagir encore plus.

Israël va être confronté à un problème démographique

- Quel regard portez-vous sur la société israélienne d'aujourd'hui ?
- On assiste clairement à un renforcement de micro-sociétés. Par exemple, Jérusalem devient de plus en plus religieuse, tandis que la population moins orthodoxe a pris d'assaut Tel-Aviv et le bord de mer. Il n'y a rien à faire de particulier contre cela. C'est une donnée... Chaque partie doit décider comme elle souhaite vivre et évoluer. 
Démographiquement, nous allons être confronté à un souci dans les années à venir. Les religieux ont beaucoup d'enfants, qui ne vont pas à l'armée et qui participent peu à la vie économique ensuite. Il y a une forte hausse de la population religieuse alors qu'on assiste à une baisse de la population non-religieuse et cela a forcément des conséquences sur l'homogénéité du pays. Les femmes arabes, elles, ne travaillent pas. Israël possède l'un des taux les plus faibles de travailleurs au sein de sa population. C'est paradoxal au moment où le pays a besoin de se développer.
Israël est un pays très fort, mais qui vit en permanence avec la peur. Cette peur habite toute la société. La moitié de la population pense que les choses vont en s'arrangeant, l'autre moitié que la guerre va refaire surface d'ici peu. Sur ce point précis, une chose est claire : il est impossible de parvenir à un accord immédiat avec la Palestine. Par conséquent, l'avenir me semble incertain.

Tous les pays arabes sont désormais connectés entre eux. Cela devient LE problème pour Israël

- Justement, où en est-on sur ce point ?
- Il est prématuré d'envisager un accord bipartite aujourd'hui. La Palestine elle-même n'entretient plus l'espoir que les Etats-Unis parviennent à arbitrer le conflit et à trouver un accord. Mais le vrai problème, c'est qu'aujourd'hui Israël se retrouve au milieu d'une tornade, au milieu de pays très instables. La Palestine et Gaza, d'un côté, et de l'autre, les peuples arabes. Depuis les révolutions arabes, tous ces pays sont désormais connectés entre eux et forment une grande famille. Ca devient LE problème pour Israël. Et forcément, la situation va évoluer, d'autant qu'on ne maîtrise plus certaines choses. Prenez l'exemple des télécommunications. Al-Jazeera, chaîne clairement anti-israélienne, va désormais diffuser en France. C'est un aspect des choses qu'on ne maîtrise plus...
Le risque véritable est qu'il se crée une association de tous ces pays contre Israël. Cela peut se dérouler l'année prochaine comme dans cinq ans, mais cela va arriver, c'est évident. Cela peut aussi prendre dix ans, mais sur l'échelle de l'Histoire, que représentent dix années ?... L'Histoire montre aussi que la jeunesse s'est toujours soulevée contre le désespoir. Or, Gaza aujourd'hui est enclavée et, nous devrions assister, à moyen ou long terme, à une révolution de cette jeunesse. 
Aujourd'hui, Israël est plus fort, miliatairement parlant. Nous possédons des technologies de pointe, qui nous servent, notamment, à protéger notre ciel. Les pays arabes ont conscience de cela et de la force de frappe que représente notre pays. Mais cela ne règle pas le problème, cela ne fait que le repousser un peu plus. 

- Ce Printemps arabe, l'Etat d'Israël l'avait-il anticipé ?
- Nous en étions conscients dès la fin des années 90. Nous étions au fait que les dictatures arabes ne réglaient en rien les vrais problèmes des populations. A l'époque, nous en parlions beaucoup, et pas seulement qu'entre nous. Nous nous ouvrions de nos soucis aux autres pays et dans différentes organisations internationales. Nous l'avions senti car un changement social s'opérait : les dirigeants vieillisaient tandis que la population était de plus en plus jeune. Le gouvernement Rabin avait d'ailleurs mis en place une cellule chargée de s'occuper de cette question précise. 
Mais le début du XXIe siècle a été un grand bouleversement. Beaucoup de choses ont évolué alors et nous avions l'impression que, finalement, les choses étaient sur le point de rentrer dans l'ordre. Nous étions heureux de nous être trompés... Et puis, en 2011 cela est revenu subitement sur le devant de la scène. Aujourd'hui, les sociétés arabes deviennent un danger pour Israël. Dans ces sociétés, la chute des dictature et l'arrivée des démocratie sont synonymes de prise de pouvoir des islamistes.

Nous refusons d'échanger avec Mme Marine Le Pen

- Comment réagissent les organisations dans lesquelles vous siégez ?
- Elles n'ont pas suffisamment de pouvoir pour imposer des décisions politiques. Elles n'ont pas de véritables capacités décisionnaires.

- Le constat que vous dressez peut faire peur...
- Je comprends mais Israël a toujours été confronté à des problèmes d'envergure. Nous avons toujours travaillé de façon intelligente pour régler ces situations. Pour Israël, rien n'a jamais été acquis dans la facilité. Et nous restons tous convaincus que notre Etat israélien doit exister, envers et contre tout !

- Pour conclure, avez-vous suivi le 1er tour des élections Présidentielles en France ? Et quel regard Israël porte sur le score de Marine Le Pen (Front National) ?
- Tout d'abord, que M. Hollande ou M. Sarkozy soit élu, cela ne modifiera pas nos relations avec la France. Nous continuerons d'échanger avec ce pays et nos relations seront toujours aussi bonnes. Le père de Mme Marine Le Pen a tenu des propos négationnistes et antisémites. Elle, elle tient des propos mois forts mais Israël refuse d'échanger avec elle, et cette position n'est pas prête d'évoluer !