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Entretien avec Pierre Lévy (CRIF Alsace)

Délégué du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) en Alsace, Pierre Lévy a un emploi du temps bien rempli. Entre des rendez-vous avec la Mairie pour la création et l’inauguration de « L’Allée des Justes parmi les nations » là où se tenait l’Ancienne Synagogue, des entretiens avec le Rectorat pour envisager des expositions à la rentrée sur le Shoah, des discussions avec les hommes politiques alsaciens et des réunions avec les membres du CRIF Est, il consacre tout son temps à la lutte contre l’antisémitisme et à la défense d’Israël. Des combats primordiaux, dont il parle avec beaucoup de réflexion et de mesure.

- Qu’est-ce que le CRIF Alsace ?
- Le CRIF Alsace, ce sont des personnes, toutes bénévoles. On y trouve un ancien Président d’honneur de la Communauté, une ancienne secrétaire du Consistoire, etc. Je suis le délégué et, en cela, je me dois d’être disponible en permanence et réactif également. Cela prend du temps, beaucoup plus qu’on ne le pense. Nous sommes les représentants, en Alsace, du CRIF national qui est une association représentant près de 70 associations juives (FSJU, Wizo, B’nai Birth, etc.). Le CRIF est la branche politique du judaïsme français. En tant que branche régionale, nous nous fixons des objectifs qui, la plupart du temps, sont avalisés par Paris.

- Le CRIF national est-il, aujourd’hui, un acteur important de la vie politique française ?
- C’est un acteur très crédible. Le dîner annuel du CRIF est en l’image la plus éclatante, puisque tous les politiques s’y pressent… Régulièrement, le Comité Directeur du CRIF reçoit des hommes politiques pour échanger, aborder divers sujets de sociétés liés à l’antisémitisme notamment. Ce Comité a d’ailleurs reçu, voilà quelques mois, François Hollande, par exemple. Les politiques sont demandeurs de contacts avec le CRIF, et inversement.

- Au niveau local, quels sont les projets menés par le CRIF Alsace ?

- Il y a tout d’abord cette « Allée des Justes parmi les nations », dont l’inauguration aura lieu en juillet en présence de plusieurs personnalités de haut rang. Ce sera un évènement très important pour Strasbourg, capitale Européenne, et pour la Communauté juive. Elle sera située sur le lieu de l’Ancienne Synagogue, Place des Halles, dans un endroit plus visible que l’emplacement précédent. Sur l’ouvrage prévu, les logos de la Ville de Strasbourg, de Yad Vashem, du CRIF, du Consistoire et de la Communauté y seront gravés. Il y aura beaucoup de messages pour le futur.
Ensuite, nous allons accueillir, fin du mois de mai, le Bus de l’Amitié Judéo-Musulmane, conduit par le Rabbin Michel Serfaty. Pendant 48 heures, plusieurs manifestations, réceptions et Conférences sont prévues.
A la rentrée, deux expositions se tiendront autour de la Shoah. Nous allons relancer nos petits-déjeuners. Et, entre-temps, nous organiserons notre deuxième dîner du CRIF Alsace. Et puis, il y a le quotidien, c’est-à-dire tout ce qui touche à la lutte contre l’antisémitisme et la défense d’Israël.

L’Alsace n’est pas une terre hostile aux juifs 

- Mener de telles actions est essentiel pour défendre les valeurs que défend le CRIF ?
- Tous les évènements prouvent qu’il est indispensable de mener ces actions. Nous évoluons actuellement dans une société en plein mouvement, en plein changement. L’un de nos objectifs est de montrer la présence de la Communauté juive. Montrer qu’il existe, sur le terrain, des sentinelles qui œuvrent pour défendre nos valeurs et qui sont prêtes à s’investir. Bien entendu, toutes nos actions sont faites en étroite collaboration avec les autorités compétentes.

- Quel est l’état de l’antisémitisme aujourd’hui en Alsace ?
- Il existe, c’est indéniable. Mais l’Alsace n’est pas une terre hostile aux juifs. La preuve, ce sont tous ces berceaux de la Communauté aux quatre coins de la région. Il y a eu une triste série de profanations de cimetières. Certains auteurs ont été appréhendés et il s’agissait plutôt de gens d’extrême-droite. On ne peut nier que ce mouvement existe. Mais il n’existe pas plus en Alsace qu’ailleurs en France. Nous avons des veilles sur certains mouvements. Nous avons également des veilles informatiques sur certains sites identifiés.

- Le premier tour de l’élection présidentielle, et notamment le score du Front National en Alsace, est-il inquiétant ?
- On ne peut être que surpris des résultats du FN en Alsace. A plus forte raison dans des endroits où les gens ne vivent qu’entre eux. C’est assez surprenant. Ils se protègent de qui et de quoi ? Cela m’interpelle. Mais je suis certain que ce vote, en Alsace, n’est pas un vote d’adhésion. Moins de 10% des Alsaciens adhérent aux idées profondes du Front National. Pour moi, c’est essentiellement de la contestation. Il y a de l’incertitude liée à l’avenir, liée à la crise qui frappe fort, liée aux modifications de notre société. Ce sont ces inquiétudes qui ont influencé, je pense, cet électorat.

Montrer une présence efficace et républicaine 

- En tant que Délégué régional du CRIF, quel message tentez-vous de faire passer aux personnes inquiètes ?
- C’est un message de vigilance au sens large. Il ne faut pas être vigilant contre l’extrême-droite en particulier. Notre société évolue et, aujourd’hui, nous sommes minoritaires par rapport à toutes les communautés. Nous nous devons d’être plus visibles, d’être plus présents pour ne pas être dilués. Nous devons garder notre identité. Les 600 à 700 000 juifs de France doivent montrer une présence plus efficace et républicaine.

- L’un des combats actuel du CRIF est la haine véhiculée sur Internet.
- Oui, et à ce propos, il faut se procurer le livre de Marc Knoebel « L’Internet de la Haine » (Editions Berg). C’est un ouvrage remarquable. J’essaie d’ailleurs de le faire venir pour qu’il nous présente ce livre.
Nous sommes conscients de ces problèmes de haine sur Internet. Nous y travaillons. Nous avons déposé plusieurs plaintes, mais il y a des limites car certains sites sont hébergés dans des pays où la législation est autre. Malheureusement, ce n’est pas aujourd’hui qu’il y aura une législation uniforme sur Internet. A l’heure actuelle, Internet est une grande poubelle.

Poursuivre le dialogue interreligieux

- Quelle est la position du CRIF au sujet d’Israël ?
- La position officielle du CRIF est de prôner deux Etats reconnus, vivant en paix. A titre personnel, j’ai quelques espoirs que cela puisse se concrétiser. Le Printemps arabe a amené certaines inquiétudes, c’est vrai, mais les signaux envoyés par les récentes élections en Algérie sont encourageants. Il est encore trop tôt pour affirmer quoi que ce soit au sujet du Printemps arabe. Cela peut être la meilleure ou la pire des choses pour Israël.

- Enfin, dernier thème, ce sont les évènements de Toulouse et Montauban. Deux mois après, quel regard le CRIF porte-t-il sur cette tuerie ?
- Le CRIF s’est constitué partie civile dans cette affaire. Il y a beaucoup d’enseignements à tirer de ces évènements survenus à Toulouse et Montauban. Une fois de plus, il y a eu meurtre de juifs en France dans des conditions que l’on connaît. Il y a eu meurtre de soldats français. Cela dénote une volonté prouvée de meurtres, de conditionnement, d’entraînement. Hélas, aujourd’hui encore, cet assassin a des admirateurs. Il faut que ces admirateurs sachent qu’ils desservent la République et leur communauté. Quand on prend ce type d’évènement comme référence, cela dénote un malaise dans notre société. Notre société est malade, c’est incontestable.

- Quelles sont les préconisations du CRIF pour lutter contre ces dérives ?
- L’une de nos prérogatives est de poursuivre le dialogue interreligieux. C’est un point qui est bien rôdé en Alsace, et nous pourrons le voir encore avec le Bus de l’Amitié Judéo-Musulmane. Mais ce n’est qu’un début, nous devons faire encore plus.