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Judaicia

La communauté juive de Mackenheim

Présentation de la communauté juive de Mackenheim. Etude signée Anne-Sophie Stockbauer.

I. HISTORIQUE DE LA COMMUNAUTE DE LA FIN DU XVIE SIECLE A NOS JOURS…

 

A. De la fin du XVIe siècle aux années 1580

La première mention concernant les Juifs de la communauté de Mackenheim a été faite en 1578. La présence de Juifs dans la commune était probablement récente. Dans la communauté voisine de Marckolsheim, plusieurs d’entre eux furent placés sous la protection de l’évêque et cités comme habitants du baillage dans les années 1578-1583. En revanche, à Mackenheim, les Juifs étaient impopulaires, et la volonté de les chasser fut constatée dès 1580, suite à une plainte contre un boucher accusé de recel. L’expulsion semble avoir eu lieu, car plus aucun Juif n’est mentionné dans la correspondance de l’évêque, qui possédait une partie du village, et de ses officiers après 1580[1]

B. De la Guerre de Trente Ans à la fin de l’Ancien Régime

Il semblerait que la communauté israélite de Mackenheim se soit reformée pendant la Guerre de Trente Ans : la présence d’un marchand de chevaux à Mackenheim est citée au début du conflit. Cependant, le village fut pillé en 1622, entraînant la dispersion du groupe2. La fin du conflit amena à nouveau des familles juives à Mackenheim, qui en compte 6 en 1649. La communauté augmenta progressivement au cours des années, atteignant 17 familles en 1784. 

 

Evolution des populations juives de Mackenheim de 1578 à 1807[2]

1578 1649 1689 1716 1725 1744 1751 1754 1766 1780 1781 1784 1807
- 6 fam. 4 fam. 6 fam. 7 fam. 9 fam. 11 fam. 9 fam. 14 fam. 18 fam. 87 pers. 17 f. / 92 pers. 95 pers.

 

C. Du début du XIXe siècle jusqu’à nos jours

En 1808, Mackenheim comptait environ 95 Juifs, dont 3 bouchers, 7 merciers, un marchand d’huile et de sucre, 6 marchands de bestiaux, un marchand de cuir et un ferrailleur. La communauté continua à s’épanouir tout au long du siècle, atteignant environ 160 personnes dans les années 18506. Au lendemain de la défaite de 1870, beaucoup de Juifs quittèrent l’Alsace, le rythme s’accentuant après 1918[1], amorçant ainsi le déclin de la communauté.

La Seconde Guerre mondiale fut à l’origine de la dispersion définitive de la communauté de Mackenheim. Un certain nombre de déportés ainsi que des familles ayant fui ne revinrent jamais : il ne restait que 4 Juifs en 1953 et le départ des dernières familles a eu lieu en 1982-1983.

 

II. QUELQUES EDIFICES NOTABLES

Même si la communauté de Mackenheim a été dispersée, certains bâtiments encore existants témoignent de sa présence passée.

A. La synagogue

Mackenheim comptait une synagogue dès le XVIIIe siècle. Cependant, celle-ci était en fort mauvais état au milieu du siècle suivant[2]. Elle fut présentée en 1856 dans une note de l’architecte Ringeisen comme un bâtiment de petit bois et de torchis, délabré, mal placé et insuffisant pour les besoins de la communauté[3]

Dans l’avant-projet de construction de la synagogue daté du 5 mai 1856[4], la communauté, qui a rassemblé un an auparavant une somme de 4000 Francs[5], se propose d’aliéner le bâtiment et de prendre à sa place la propriété voisine de David Ach. L’avant projet décrit la future synagogue de la manière suivante : l’aspect du bâtiment est assez semblable à la synagogue de Marckolsheim. De forme rectangulaire, il a une longueur de 11.80 mètres sur 8.80 mètres de large pour une hauteur de 7.50 mètres. Trois portes sont prévues sur la façade Ouest, la principale au milieu donnant dans le vestibule, celle de gauche menant à l’escalier de la tribune des femmes et celle de droite donnant dans une pièce d’archives, l’ensemble des travaux étant estimé à 15 000 Francs. En 1863, la communauté israélite donna son accord pour le projet sous réserve d’un agrandissement de 5 mètres de long pour un mètre de large, estimant que ces nouvelles dimensions étaient nécessaires à cause de l’accroissement de la population et en prévision pour l’avenir. Le coût des travaux fut alors estimé entre 22000 et 25000 Francs. Le projet de construction définitif de la synagogue fut établi le 20 septembre 1864[6]. Les dimensions prévues pour l’édifice étaient de 17 mètres en longueur, 11 mètres en largeur pour 8 mètres de haut. Le projet fut estimé à 20000 Francs, la communauté israélite et la commune de Mackenheim se partageant les frais. Les travaux furent achevés en 1867. La synagogue souffrit lors de la Seconde Guerre mondiale. Si elle eut la chance de ne pas avoir été bombardée comme celle de Marckolsheim, l’intérieur fut saccagé par les Nazis en 1940. Afin d’éviter son dynamitage, un membre de la commission de sauvegarde aurait proposé à l’occupant de transformer le bâtiment en gymnase pour les Jeunesses hitlériennes[7]. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive de Mackenheim s’étiola et le bâtiment cessa de servir de lieu de culte dans les années 1960. Racheté par la municipalité en 1981, la synagogue a été depuis transformée en maison des jeunes et en bibliothèque. 

B. Le cimetière israélite de Mackenheim

La première mention faite au sujet du cimetière date de 1608, cependant, il est fort probable que celui-ci soit plus ancien23. Il fut agrandi à plusieurs reprises : en 1629, après une inondation du Rhin[8], 1685 et 1775[9]. On tenta encore de l’agrandir en 1819 mais sans succès. 

Le cimetière est divisé en trois secteurs. Le plus ancien couvre la période entre 1669 et 1753, le second comprend la période entre 1753 et 1850 et enfin la dernière de 1850 à nos jours. Il ne reste par ailleurs que peu de pierres tombales d’avant 1685, la plus ancienne datant de 1669[10]. Ces trois secteurs se divisent en deux parties. La partie Nord-Est est la plus récente et est encore en usage. Elle dispose d’ailleurs d’une maison funéraire, appelée Tahara Hiesel, servant autrefois au lavement du défunt avant son inhumation. La partie Ouest qui est la plus ancienne faisait office de cimetière intercommunal où l’on enterrait les israélites originaires de diverses communautés[11]

En Alsace, on abandonnait souvent aux communautés juives des terres incultes dans la forêt pour leurs cimetières, ce qui est le cas à Mackenheim. Toutes les communautés d’Alsace n’avaient pas de cimetière, et beaucoup dépendaient de celui de Mackenheim jusqu’au XIXe siècle.

C. L’ancienne boucherie

Mackenheim compte encore une ancienne boucherie juive, construite dans les années 1900. Ce commerce ferma après la Première Guerre mondiale et fut remplacé par un autre magasin[12]

            

SOURCES

Archives Départementales du Bas Rhin, 2OP/TC154 : Mackenheim

Archives Départementales du Bas Rhin, V 530 : Construction, agrandissement, grosses réparations, entretien et mobilier ; dons, acquisitions, échanges et ventes d’immeubles ou de terrains. Demandes de secours, souscriptions et taxes destinées à subvenir à ces dépenses. Contentieux à propos du règlement des travaux. 1832-1870. Itterswiller-Mackenheim

Archives municipales de Sélestat, Fonds Antoine Ringeisen : Mackenheim 2

BIBLIOGRAPHIE

 

1. Sur le judaïsme en Alsace

DALTROFF, Jean, La route du judaïsme en Alsace, Rosheim, I.D L’Edition, 2006
RAPHAEL, Freddy (dir), Le Judaïsme alsacien, Histoire, patrimoine, traditions, Strasbourg, La Nuée Bleue, 1999
RAPHAEL, Freddy, WEYL, Robert, Juifs en Alsace : Culture, société, histoire, Toulouse, Editions Privat, 1977
ROTHE, Michel, WARSCHAWSKI, Max, Les synagogues d’Alsace et leur histoire, Jérusalem, Editions Chalom Bisamme, 1992
VINCLER, Jeanne, Communautés juives en péril, Alsace-Lorraine, 1933-1939, Metz, Editions Serpenoise, 2010

2. Sur la communauté de Mackenheim

BOLL, Günter, « Le cimetière israélite de Mackenheim (Bas Rhin) » dans Annuaire de la société d’histoire de la Hardt et du Ried, 2003, n°16, p.51
BOLL, Günter, INGOLD, Denis, « Nouvelles données sur l’histoire des juifs du baillage épiscopal de Marckolsheim 1578-1652 » dans Annuaire de la société d’histoire de la Hardt et du Ried, 1999, n°12, pp.61-66



[1] RAPHAEL, Freddy, WEYL, Robert, Juifs en Alsace: Culture, société, histoire, Toulouse, Editions Privat, 1977 

[2] Archives Départementales du Bas Rhin, V 530 : Construction, agrandissement, grosses réparations, entretien et mobilier ; dons, acquisitions, échanges et ventes d’immeubles ou de terrains. Demandes de secours, souscriptions et taxes destinées à subvenir à ces dépenses. Contentieux à propos  du règlement des travaux. 1832-1870. Itterswiller-Mackenheim

[3] Archives Départementales du Bas Rhin, 2OP/TC154 : Mackenheim, 05.05.1856 : Avant-projet de construction d’une synagogue

[4] Archives Départementales du Bas Rhin, 2OP/TC154 : Mackenheim

[5] Archives Départementales du Bas Rhin, V 530

[6] Archives Départementales du Bas Rhin, 2OP/TC154 : Mackenheim, 20.09.1864 : Projet de construction d’une synagogue

[7] BOLL, Günter, « Les Mappot de Mackenheim » dans RAPHAEL, Freddy (dir), Le Judaïsme alsacien, Histoire, patrimoine, traditions, Strasbourg, La Nuée Bleue, 1999 23 Idem

[8] FLOHIC, Jean Luc, Le patrimoine des communes du Bas Rhin, Charenton le Pont, Editions Flohic, 1999

[9] MATHIS, Marcel, "Les communautés juives sous l'ancien régime jusqu'en 1808 entre Strasbourg, Sélestat et

Marckolsheim" dans Annuaire des amis de la bibliothèque humaniste de Sélestat, 1995, pp. 81-89

[10] DALTROFF, Jean, La route du judaïsme en Alsace, Rosheim, I.D L’Edition, 2006

[12] FLOHIC, Jean Luc, Le patrimoine des communes du Bas Rhin, Charenton le Pont, Editions Flohic, 1999


[1] BOLL, Günter, INGOLD, Denis, « Nouvelles données sur l’histoire des juifs du baillage épiscopal de Marckolsheim 1578-1652 » dans Annuaire de la société d’histoire de la Hardt et du Ried, 1999, n°12, p.61-66 2 BOLL, Günter, INGOLD, Denis, op. cit.

[2] MATHIS, Marcel, "Les communautés juives sous l'ancien régime jusqu'en 1808 entre Strasbourg, Sélestat et

Marckolsheim" dans Annuaire des amis de la bibliothèque humaniste de Sélestat, 1995, p. 81-89 5 KNITTEL, Michel, Marckolsheim, Fragments d’Histoire, Société d’Histoire de la Hardt et du Ried, 1994 6 KNITTEL, Michel, op. cit.