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Judaicia

Les 8 jours « ado-rables » du Comité Séfarade

Prenez 15 adolescents de 14 à 17 ans qui ne sont pas encore partis en vacances en fin juillet et qui trépignent d’impatience de s’amuser enfin sérieusement. Mélangez les milieux de provenance, les cultures, les pratiques religieuses. Agitez en tous sens les inscriptions pendant 15 jours, billets de groupe mais  retours individuels différenciés, inscriptions et dés-inscriptions la veille et le matin même du départ. Secouez le tout ! Vous obtenez un merveilleux cocktail de vacances-débat dont seul le comité séfarade a la recette depuis 13 ans…

Qui a dit que les ados sont paresseux ? Ils sont bien au contraire capables de vivre à un rythme endiablé pendant 8 jours en faisant travailler leur corps et leur esprit alternativement sans jamais baisser les bras, avec un humour féroce et désarmant.

Parents, adultes, prenez conseil auprès de vos enfants !

Ils vous enseigneront l’art contemporain des vacances du XXIe siècle : comment plonger dans le Talmud le matin, puis, du haut d’un toboggan l’après-midi, descendre à une vitesse folle sur le ventre, se redresser de façon acrobatique et plonger dans l’eau froide d’un lac à 10°.

Comment dans la même journée cheminer dans des pages et des pages de textes qui éveillent sans cesse au questionnement puis faire une randonnée au pas cadencé pendant 4 heures en plein soleil, dans un massif qui grimpe et qui grimpe sans fin, puis  redescendre au pas de course pour ne pas rater le cars.

Canoë, kayak, Pain Ball dans une nature escarpée, tennis  et l’éternel match de football contre des adversaires valeureux, toutes ces activités suivaient inlassablement l’étude du matin.

Mais les jeunes savent aussi prier. Pour cela il fallait se lever. Après quelques hésitations louables (il faut bien se reposer !) ils ont tous compris qu’ils étaient le maillon fort d’une chaîne qui permet à l’âme de s’exprimer aussi.

On a tort de croire que les jeunes ne cherchent que les plaisirs faciles. C’est parce que l’on baisse les bras trop vite et qu’on les jette dans ceux de la consommation rapide qu’on finit par vider leur cerveau.
En vérité ils se sentent sereins lorsqu’ils ont été au bout d’eux-mêmes, et qu’ils se sont dépassés. Ils se découvrent des affinités, créent des liens, ils apprennent à écouter l’autre et surtout ils se rendent compte que l’adulte n’est pas que celui qui donne des ordres, mais c’est celui qui se met à leur service pour leur intérêt.

Pour les parents c’est très important aussi.

Chaque vie est nécessaire

Ce fut l’objet essentiel de l’enseignement du Rav Moshé Tapiero pendant ces 8 jours : la relation avec D’eu est comme celle avec les parents. Les ordres ne sont là que pour que l’on se transforme et que l’on améliore sans cesse sa qualité de vie. Il a analysé avec eux quels étaient les échelles de valeur qui permettent de vérifier le niveau de cette qualité de vie, en réfléchissant sur les lois que l’on peut transgresser pour sauver sa vie et celles pour lesquelles il faut être capables de se sacrifier.

Judicieusement, il a mis en relief l’interdit du meurtre pour lequel il faut sacrifier sa vie, car selon le Talmud toutes les vies sont égales. Il a confronté ce texte fondateur avec la fameuse page de » la gourde d’eau pour un seul dans le désert ». En expliquant l’avis selon lequel il fallait partager sa gourde avec l’autre, car un moment de vie est aussi précieux qu’une vie entière, confortant l’idée que toutes les vies sont égales. Il en est arrivé alors à l’autre avis (Rabbi Aquiba) selon lequel il faut garder sa gourde pour soi car la Thora dit sur l’autre « Il vivra avec toi », ce ‘avec toi’ signifie tant que tu peux vivre.

Il en est arrivé à l’idée que chaque vie est nécessaire, que s’il manque un seul être c’est tout le peuple qui est attaqué, comme pour les lettres du rouleau de la Thora. Et que de ce fait, je ne peux sacrifier ma vie pour l’autre car cela signifierait que ma vie n’est pas nécessaire, indispensable à l’équilibre de tout l’édifice. Nous avons tous une mission et nous ne pouvons nous y soustraire au nom de l’amour du prochain. Sinon nous sombrons dans l’idée des religions qui font de la charité une vertu centrale, du sacrifice une valeur absolue et qui oublient que rien ne commence si je suis pas convaincu que je suis indispensable à l’humanité.
Pour cette raison la Bible dit « aime ton prochain comme toi-même » : je ne peux aimer l’autre que si je m’aime moi-même.

Tout cela donna lieu à des discussions passionnées et passionnantes.

Les objectifs modestes visés par le Comité Séfarade et le président ont été atteints, grâce à D’eu. : faire fonctionner « un esprit saint dans un corps sport » (nous devons  bien sûr cette formule à Montaigne, célèbre descendant de marranes, qui ne souffrira pas de cette modernisation du concept, bien heureux au contraire de constater que le judaïsme porte en lui, vers l’éternité, les valeurs de l’histoire de tous les hommes).

Les jeunes de toute la communauté de Strasbourg qui ont participé à cette rencontre d’un troisième type remercie le Kahal de Rambam qui a leur a permis de passer un moment de ferveur et de grande intensité. Merci au Comité Séfarade et à son président pour avoir redonné vie à une tradition ancienne. Ils remercient tout particulièrement le Rav Moshé Tapiero pour la profondeur de son enseignement, son écoute réelle et sa sympathie vraie à leur égard.

Ils s’excusent pour les  quelques nuits qui ont pu troubler le sommeil des plus grands. Mais on ne peut pas vivre à cent à l’heure sans ressentir de l’excitation le soir. Demandez aux sportifs, le soir après les grands matchs…

Chana Tova à tous les membres de la Communauté de Strasbourg.

Que cette année soit aussi intense que le moment qu’ils ont vécu à Tignes, depuis un certain 21 juillet 2013..

Jean-Marc ELBEZ

Galerie photos: