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Judaicia

Qu'as-tu fait de ton Frère ?

Tribune du Grand Rabbin Gutman.

Il n'est pas anodin que la première victime de l'Histoire sainte se soit appelée Abel, car Abel, en hébreu, signifie aussi le fait de souffler, de respirer. Mais c'est un souffle court, éphémère. Et c'est ce mot ("hévèl") que le livre de l'Ecclésiaste a choisi pour évoquer la fragilité et la vulnérabilité de la vie. Je cite cet exemple au moment où la frontière entre la vie et la mort se révèle, au fil de l'actualité, si criante et si déconcertante à la fois. Abel symbolise en effet la fragilité de la vie, puisqu'en fin de compte, tout ce qui nous sépare de la tombe est le souffle que D. a insufflé en nous comme il est dit dans la Genèse "alors Dieu forma l'homme de la poussière de la terre et insuffla en ses narines un souffle de vie". Voilà donc en vérité tout ce que nous sommes, un souffle, mais c'est un souffle divin. Comment donc ce D. vers lequel nous nous tournons, au moment où l'on agresse, en son nom, une être humain, ne ressentirait-il pas  une douleur infinie devant le spectacle de cette violence telle que celle qui a motivé l'agression, d'un juif parce que juif, en le poignardant par derrière et en criant "Dieu est grand !" ?

Comment ce D., qui est le D. de tous les croyants, le D. d'Abraham, ne pâlirait-il pas de honte en entendant crier "qu'il est grand" en même temps que l'agresseur plante son couteau dans la chair de sa victime, créée, comme lui, "à l'image  de D." ? Si la Bible nous rappelle que D. a refusé le sacrifice de Caïn, c'est bien par ce que sa religion était déjà une religion de la mort, car le sacrifice que D. a accepté, celui de Abel, est celui du vrai repentir, celui du vrai cheminement spirituel, c'est-à-dire celui qui vient de l'humilité, de la moralité, et qui est inspiré par la conscience de sa mortalité. C'est celui du fidèle qui s'adressant à Dieu lui dit : "je ne suis que "Abel", je ne suis qu'un simple souffle, mais c'est ton souffle que je respire, pas le mien !"

Or lorsqu'une religion, ou ce qu'on en fait, devient une religion de la Mort, lorsque ceux qui y adhèrent ont choisi la mort, toute effusion de sang, toute agression, tout attentat font dire à D. ce qu'il déclara  à Caïn : "Le sang de ton frère crie vers moi". Une telle idéologie symbolise ici un mode de civilisation, si tant est qu'on peut la qualifier ainsi, qui  conduira D. à dire, devant la violence généralisée de la génération du Délude (Genèse, 6,6) : "qu'il regrettait d'avoir crée l'homme !" Et à Noé de se résigner devant D. en disant (Sourate 71) "j'ai appelé mon peuple vers toi nuit et jour mais mon appel n'a fait qu'augmenter leur éloignement".

Nous attendons ce même cri que D. proféra lui-même, cette même protestation publique, lorsque l'on agresse, blesse ou tue un être humain en son nom : "Qu'as-tu fais de ton Frère ?"

Partout où une telle violence nourrie de l'Islam radical vient à sévir, nous attendons qu'on n'ait de cesse de condamner celui qui l'a commise, qu'il soit radicalisé ou psychiquement fragile, parce que ce D. qu'il a invoqué, n'est pas grand, parce que ce D. n'est jamais grand, mais qu'au contraire, il est infiniment petit, et son Nom effacé par l'offense qui lui est faite.

Qui d'autre que vous, Amis musulmans, pourraient le témoigner à vos fidèles, vous qui référez comme nous à Abraham, dont le D. est le D. de la vie, celui que l'on adore seulement en consacrant la vie et en la chérissant, comme tous ceux qui ont été tués ou blessés jusqu'à ce jour par des gens qui, eux ,ne croient qu'en la mort, et qui nous refusent le droit élémentaire que tout individu à sur terre, de vivre, et de vivre sa foi ou sa culture sans crainte qu'on l'assassine, ou qu'on le poignarde au détour d'une rue, comme ce fut le cas vendredi dernier à Strasbourg.

Oui, chacun d'entre nous n'est qu'un souffle, même si "D. nous a crées sous des formes différentes", dit la même Sourate, mais c'est le souffle de D.. Or ce n'est qu'en le clamant avec force, que nous serons les enfants d'un monde et d'une humanité en paix, notre avenir et celui de nos enfants, un avenir d'espérance, et que D. sera enfin grand.

Grand Rabbin René Gutman