Pour beaucoup, ce voyage suscite de la peur, de l’appréhension, parfois même une certaine hésitation. Et pourtant, il est avant tout un voyage au cœur de notre histoire, à la découverte de la vie des Juifs en Pologne, de leurs traditions, de leur richesse spirituelle et de leurs communautés, qui furent autrefois parmi les plus vivantes et les plus florissantes du monde juif.

Tout a commencé très tôt, à trois heures du matin, sur le parvis de la Synagogue de la Paix, le parvis Jean Kahn. Encore endormis, mais déjà conscients de l’importance de ce qui nous attendait, nous avons pris la route vers Cracovie. Nous étions 55 participants, réunis avec un groupe venu de Paris. Cette rencontre a donné à notre voyage une dimension supplémentaire, nous rappelant que notre histoire et notre mémoire dépassent les frontières de nos Communautés et nous rassemblent bien au-delà de nos villes.
Cette première journée fut celle de la découverte. Avant de rencontrer la mort, nous avons voulu redonner toute sa place à la vie. Nous sommes partis à la rencontre de personnages hauts en couleur : celle qu’on appellera Mémé Sophie, le Rama, le Bach, Yossele Hakamtzan et enfin Hayim Yaacov Abrahamer. À travers leurs histoires, leurs enseignements et les lieux qu’ils ont habités, nous avons découvert un monde. Tout au long de ce parcours, nous avons eu la chance d’être accompagnés par Raphaël, un guide absolument incroyable, dont la connaissance, la passion et la manière de faire revivre les lieux et les personnages ont considérablement enrichi notre voyage. La journée s’est achevée sur les vestiges du camp de Plaszow, première confrontation avec les traces de la destruction.

Le deuxième jour, nous avons plongé au cœur de l’horreur : l’usine de la mort. Là où les mots semblent parfois insuffisants, où les chiffres deviennent des visages et où l’histoire prend une dimension que nul livre ne peut véritablement transmettre. Nous avons tenté de comprendre comment la déshumanisation a pu conduire à une telle barbarie, comment la haine a pu devenir une organisation, une administration et finalement une véritable industrie de l’anéantissement. Une journée difficile, bouleversante, qui laisse des images et des silences que chacun gardera en lui. La conclusion en chansons, dans la Synagogue d’Oświęcim, nous a fait prendre conscience que nous étions habités d’une force nouvelle.
Le troisième jour, nous avons découvert Tarnów, sa Synagogue, son histoire et son incroyable mikvé. Mais cette journée fut aussi celle d’un geste particulier : nous avons voulu redonner vie aux enfants tragiquement disparus. En évoquant leurs histoires et leurs destins arrachés, nous avons refusé qu’ils ne soient plus que des chiffres parmi des millions de victimes. Pendant quelques instants, ils ont retrouvé une place parmi nous. Nous leur avons rendu quelque chose de leur enfance, de leur existence et de leur humanité.

Puis est venu le moment du retour à Strasbourg.
Nous sommes partis comme un groupe de personnes qui partageaient un voyage. Nous sommes revenus comme un seul homme, comme un seul cœur, liés par ce que nous avions vu, entendu et ressenti. Chacun repart avec ses émotions, ses questions et ses souvenirs, mais tous avec une même responsabilité : devenir des ambassadeurs de cette mémoire.
Car ce voyage ne s’achève pas au retour. Il commence peut-être véritablement maintenant. Nous avons vu, nous avons appris, nous avons compris. À nous désormais de raconter, de transmettre et de faire vivre cette mémoire.


