
Mes très chers amis,
Lorsque la Torah nous décrit Avraham au 3eme jour de sa Brit Mila, guettant impatiemment le passage d’éventuels invités, elle nous dit :
« והוא ישב פתח האהל כחום היום »
« Alors qu’il était assis à l’entrée de la tente, dans la chaleur du jour »
Le Ohev Shalom de Kosov, dont nous avons célébré le Yortseit cette semaine, nous en livre une lecture magnifique.
S’appuyant sur Rashi, il fait remarquer que le mot ישב est écrit חסר, sans la lettre ו׳.
Cette particularité orthographique renferme pour lui un enseignement fondamental dans la Avodat Hashem, dans le service divin.
Les véritables Tsadikim sont précisément ceux qui se considèrent toujours comme חסר, incomplets dans leur relation à D’. Quels que soient leurs accomplissements, ils ont constamment le sentiment de n’en avoir pas fait assez, de pouvoir encore progresser et se rapprocher un peu plus d’Hashem.
Et c’est précisément cette conscience de leur propre insuffisance qui les préserve du plus grand danger de la vie spirituelle : le refroidissement.
Car celui qui estime être arrivé à destination, qui se satisfait de son niveau et de ses acquis, finit inévitablement par s’installer dans une certaine routine. Son enthousiasme s’émousse, son ardeur s’affaiblit, sa ferveur se tarit.
À l’inverse, celui qui se sait encore incomplet demeure constamment en éveil, animé par le désir de grandir et de se dépasser.
C’est tout le sens du verset :
והוא ישב
Parce qu’il se considère toujours incomplet (sans le ו)
כחום היום
qu’il conserve intacte la chaleur de son engagement et la puissance de son éclat (le jour !)
Quelle leçon extraordinaire !
Dans la vie spirituelle, ce n’est pas nécessairement le sentiment de plénitude qui témoigne de notre grandeur. C’est parfois, au contraire, la conscience de ce qui nous manque.
Car le véritable danger n’est pas d’être חסר, mais de ne plus avoir conscience de l’être.
Et tant que l’homme ressent qu’il lui reste du chemin à parcourir, il conserve en lui cette flamme qui lui permet de continuer à avancer.
Au retour d’un voyage bouleversant en Pologne et plus particulièrement à Auschwitz, Tarnow et dans la forêt de Zbylitowska Góra, c’est ce sentiment d’incomplétude qui prédomine.
Que ce Shabbat Vayera vous apporte beaucoup de chaleur et de sérénité.

